Écoles en surchauffe : que faire quand les salles de classe dépassent 30°C ?
“28 élèves, c’est 2 radiateurs allumés en pleine canicule !” Jacques Montagne, président d’Alter Watt
Une classe de collège occupée par vingt-huit élèves dégage en continu un peu plus de 2 kW de chaleur, l'équivalent de deux radiateurs électriques allumés pendant toute la durée des cours. Tant que l'air extérieur reste frais, l'ouverture des fenêtres suffit à l'évacuer. Lorsqu'il dépasse 24 °C environ, elle n'y parvient plus. Et lorsqu'il devient plus chaud que la salle, elle aggrave la situation.
C'est ce que donnent à voir les mesures réalisées par Alter Watt pendant la canicule de juin-juillet 2026, dans le cadre de l'audit énergétique d'un groupe scolaire francilien. Les salles y ont atteint jusqu'à 36,7 °C, sans jamais redescendre sous 25 °C la nuit, y compris, et c'est le point le plus contre-intuitif, dans le bâtiment le mieux isolé. Cet article confronte ces relevés à un calcul simple des apports internes, pour éclairer les raisons pour lesquelles une salle de classe pleine résiste si mal aux fortes chaleurs en l'absence de rafraîchissement actif.
Ces observations rejoignent celles d'une étude récente du Cerema et de l'Université Savoie Mont Blanc, selon laquelle la surchauffe se joue d'abord à l'échelle de la salle plutôt qu'à celle du bâtiment (Noroozi, Woloszyn et Hurel, 2026).
Sommaire :
Un site, trois époques de construction
Que montrent les mesures réalisées dans une salle de classe pendant la canicule ?
Quels sont les ordres de grandeur de la chaleur dégagée par une classe d’élèves ?
Pourquoi faire baisser la température la nuit n’est pas si simple ?
Quels sont les leviers à hiérarchiser pour refroidir les classes ?
Un site, trois époques de construction
Le site étudié, situé en zone climatique H1a, accueille plusieurs centaines d'élèves de la maternelle au collège. Le périmètre de l'audit, d'environ 1 500 m², juxtapose des bâtiments dont l'histoire constructive diffère sensiblement.
Bâtiment | Construction | Usage | Enveloppe |
A | années 1960 | 5 salles de classe sur deux niveaux | murs en parpaing et combles perdus non isolés, double vitrage ancien sans protection solaire |
B | 2008-2011 | 2 salles de classe et une salle de technologie | murs isolés par l'intérieur (10 cm de laine minérale), toiture isolée |
Gymnase | 2004 | sport, restauration provisoire | structure légère non isolée, larges baies vitrées |
Comme dans une grande partie du parc scolaire, les salles de classe ne disposent d'aucune ventilation mécanique : le renouvellement de l'air y repose entièrement sur l'ouverture des fenêtres, et aucune n'est climatisée.
Trois enregistreurs de température et d'humidité ont été installés du 24 juin au 10 juillet 2026, dans une salle à l'étage de chacun des deux bâtiments d'enseignement ainsi que dans le gymnase. Le chauffage étant à l'arrêt, les variations relevées traduisent uniquement l'effet conjugué des apports solaires, des échanges à travers l'enveloppe et de la présence des occupants.
Que montrent les mesures réalisées dans une salle de classe pendant la canicule ?
Sur l'ensemble de la période, la température moyenne excède 28 °C dans les trois locaux instrumentés, seuil généralement retenu comme limite haute du confort. C'est toutefois l'écart entre les deux salles de classe, situées au même niveau d'un même site, qui retient d'abord l'attention : 4,2 °C au moment des pointes, soit précisément l'hétérogénéité « à l'échelle de la salle » que décrit le CEREMA.

Dans la salle du bâtiment ancien, dont ni les murs ni les combles ne sont isolés, le thermomètre atteint 36,7 °C. La salle du bâtiment récent, protégée par une isolation intérieure et une toiture plus performante, plafonne à 32,5 °C : l'enveloppe y joue pleinement son rôle d'écran face au rayonnement solaire et à la chaleur extérieure.
Les minima racontent pourtant une autre histoire. Aucune des deux salles ne redescend sous 25 °C, alors que l'air extérieur est tombé jusqu'à 9,9 °C au cours de la période, et c'est la salle isolée qui conserve les nuits les plus chaudes, avec 26,2 °C contre 25,3 °C. L'isolation, qui freine l'entrée de la chaleur le jour, freine tout autant sa sortie la nuit : les calories accumulées pendant les heures de cours, par le soleil comme par les occupants, demeurent dans la salle. Ce constat ne retire rien à l'intérêt de l'isolation. Il rappelle qu'en été, son bénéfice dépend de la possibilité d'évacuer, d'une manière ou d'une autre, la chaleur produite à l'intérieur. La comparaison n'a certes pas la rigueur d'une expérience contrôlée, les deux salles différent aussi par leur orientation et leurs menuiseries, mais elle est cohérente avec le mécanisme physique décrit plus loin.
L'humidité accentue encore l'inconfort. Pour une température moyenne de 30 °C et une humidité relative de 40 %, l'indice Humidex correspond à une température ressentie d'environ 34 °C. Au pic relevé dans le gymnase (38,2 °C pour 30 % d'humidité), elle avoisine 43 °C, dans le haut de l'échelle d'inconfort de l'indice (Météo-France, s.d.).
Quels sont les ordres de grandeur de la chaleur dégagée par une classe d’élèves ?
Le corps humain dissipe en permanence l'énergie issue de son métabolisme, pour partie sous forme de chaleur sensible, qui réchauffe directement l'air et les parois, pour partie sous forme de chaleur latente, par la respiration et la transpiration. Pour un enfant ou un adolescent assis, la part sensible se situe, selon l'âge et la température ambiante, entre 50 et 70 W environ. Rapportée à une classe type de collège, elle conduit au bilan suivant.
Poste | Hypothèse | Puissance |
Élèves | 28 élèves × 60 W de chaleur sensible | 1 680 W |
Enseignant | 1 adulte × 75 W | 75 W |
Équipements | vidéoprojecteur et ordinateur | 300 W |
Total | salle de 55 m², éclairage éteint | 2 055 W, soit 37 W/m² |
Une salle occupée dégage ainsi un peu plus de 2 kW, l'équivalent de deux radiateurs électriques de 1 000 W fonctionnant sans interruption pendant les heures de cours. Peu de locaux tertiaires connaissent une telle densité : là où un bureau accueille couramment une personne pour 10 à 15 m², une classe en réunit une pour moins de 2 m². Sur une journée de six heures, ce sont quelque 12 kWh qui s'accumulent dans l'air, le mobilier, les sols et les murs.
La capacité de l'air à emporter cette chaleur est, quant à elle, strictement bornée. La puissance évacuée par un flux d'air est proportionnelle à son débit et à l'écart de température entre l'intérieur et l'extérieur :

où P s'exprime en watts, le débit en m³/h et les températures en °C, 0,34 Wh/(m³.K) étant la capacité thermique volumique de l'air.
Au débit hygiénique de 15 m³/h par occupant, soit 435 m³/h pour la classe, et pour un écart favorable de 2 °C (26 °C dehors, 28 °C dedans), l'air renouvelé n'emporte qu'environ 0,3 kW, à peine 14 % de la chaleur produite. Il faudrait, dans ces conditions, près de 3 000 m³/h, une vingtaine de renouvellements d'air par heure, pour en venir à bout. Même en supposant les fenêtres grandes ouvertes, avec une dizaine de volumes renouvelés par heure, valeur déjà élevée pour une salle ventilée par une seule façade, l'équilibre à 28 °C n'est atteint que si l'air extérieur reste sous 24 °C. Au-delà, l'écart s'inverse : par 35 °C dehors et 30 °C dedans, le seul débit hygiénique apporte 0,7 kW supplémentaires, et chaque mètre cube introduit réchauffe la salle au lieu de la rafraîchir.

Pourquoi faire baisser la température la nuit n’est pas si simple ?
On pourrait espérer que la nuit répare ce que la journée a accumulé. Pour évacuer en dix heures les 12 kWh emmagasinés, avec 23 °C dehors et 29 °C dans la salle, il faudrait maintenir un débit d'environ 600 m³/h, fenêtres ouvertes jusqu'au matin, ce que les contraintes de sécurité d'un établissement scolaire rendent rarement possible.
L'isolation ajoute ici une difficulté qu'il serait malhonnête de passer sous silence. En hiver, elle retient la chaleur à l'intérieur, et c'est précisément ce qu'on lui demande. En été, en revanche, elle ferme aussi la seconde voie d'évacuation, celle des déperditions nocturnes à travers les parois. Posée par l'intérieur, comme dans le bâtiment récent du site, elle sépare en outre la salle de la masse des murs, qui ne peut plus jouer son rôle de tampon thermique. La chaleur des élèves n'a alors d'autre issue que l'air renouvelé, issue dont on vient de mesurer l'étroitesse en période de forte chaleur. Les minima relevés, plus élevés dans la salle isolée que dans la salle ancienne, en portent vraisemblablement la trace.
Au total, et sans même compter les apports solaires, potentiellement du même ordre de grandeur sur une façade sud ou ouest dépourvue de protection, une salle de classe pleine ne dispose en période de canicule d'aucun moyen passif suffisant pour évacuer la chaleur que produisent ses occupants. Sa température ne peut, au fil de la journée, que s'élever.
École en surchauffe : quels sont les leviers à hiérarchiser pour refroidir les classes ?
Il serait tentant de conclure à une réponse unique. Les mesures comme le calcul suggèrent au contraire que chaque salle relève d'un diagnostic propre, et que les leviers disponibles interagissent de manière parfois contre-intuitive.
Les protections solaires extérieures, ou à défaut des films sur les vitrages anciens orientés au sud et à l'ouest, réduisent la part des apports qui ne doit rien aux élèves.
L'isolation de la toiture limite l'échauffement des salles sous combles mais, on l'a vu, elle peut aussi entraver la décharge nocturne si rien n'est prévu pour évacuer la chaleur interne. Son effet net en été dépend de la manière dont elle est posée et de ce qui l'accompagne.
Une ventilation nocturne sécurisée, lorsqu'elle est techniquement envisageable, peut restituer une partie de cette capacité de décharge.
L'organisation des usages, que suggèrent également le CEREMA, consiste à réserver les salles les plus exposées aux occupations les plus brèves pendant les semaines critiques. Les brasseurs d'air, enfin, n'abaissent pas la température de l'air mais améliorent la sensation de confort pour une consommation très faible.
Lorsque ces mesures ne suffisent pas, et le bilan des apports internes laisse penser que ce sera souvent le cas dans les salles les plus exposées, un rafraîchissement actif peut devenir nécessaire. Sa pertinence, sa puissance et son mode de production ne se déterminent qu'à l'échelle d'un projet donné. Une pompe à chaleur réversible, par exemple, peut aussi contribuer à décarboner le chauffage, comme le préconise l'audit pour ce site. Il convient de rappeler que les dispositifs d'aide, certificats d'économies d'énergie compris, financent la décarbonation du chauffage et la rénovation de l'enveloppe, non la climatisation en tant que telle.
Seule une étude au cas par cas, associant mesures in situ et simulation thermique dynamique salle par salle, permet d'établir quelles salles doivent effectivement être rafraîchies, quelle part du problème les mesures passives résolvent d'elles-mêmes, et dans quel ordre engager les travaux.
"Cet article ne prétend pas se susbituer à l'étude. Il propose seulement un ordre de grandeur, et rappelle qu'en période de forte chaleur, une part importante de la chaleur d'une salle de classe est assise derrière les pupitres." - Jacques Montagne, président d'Alter Watt

Jacques Montagne
Président d'Alter Watt
Hypothèses et méthode
Les mesures ont été réalisées à l'aide de trois enregistreurs de température et d'humidité, du 24 juin au 10 juillet 2026, chauffage à l'arrêt, dans le cadre d'un audit énergétique avec simulation thermique dynamique (Alter Watt, certifié OPQIBI 1905). Le site a été anonymisé.
Le calcul retient une salle de 55 m² et 2,8 m sous plafond (154 m³), occupée par 28 élèves et un enseignant, éclairage éteint. La chaleur latente n'y est pas comptée, bien qu'elle contribue, par l'humidité qu'elle apporte, à la température ressentie. L'hypothèse « fenêtres grandes ouvertes » correspond à dix renouvellements d'air par heure. Ces valeurs sont des ordres de grandeur et non le résultat d'une simulation de la salle mesurée.
Sources
Météo-France (s.d.). Qu'est-ce que la température ressentie ? En ligne.
Noroozi, M., Woloszyn, M. et Hurel, N. (2026, 3 septembre). « Écoles en surchauffe : un problème qui se joue avant tout à l'échelle des salles de classe ». The Conversation, republié par le Cerema. En ligne.
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